jeudi 4 juin 2009

Des menaces sur l'UE? - MR


Depuis un quart de siècle, l’évolution du contexte géopolitique fut marquée par un double choc. D’une part, la fin de la guerre froide lors de l’effondrement du bloc de l’Est en 1989 a permis l’émergence d’un monde unipolaire dominé par les seuls Etats-Unis, en dépit de la volonté affichée des Européens à assumer la défense de leurs intérêts propres. Ensuite, l’hyper-terrorisme tel qu’il s’est marqué lors des attentats du 11 septembre a non seulement brouillé définitivement la distinction entre sécurité intérieure et extérieure, mais il a aussi déclenché deux guerres successives sur des théâtres d’opération difficiles : l’Afghanistan d’abord, l’Irak ensuite.

Le cadre général dans lequel évoluent nos sociétés est aujourd’hui celui de la mondialisation, de la globalisation. L’avènement de ce « village planétaire », notamment une accélération de la libre circulation des personnes, des marchandises, des capitaux, mais aussi – et surtout – des idées – au premier rang desquelles l’idée de liberté, l’idéal de la démocratie. Par ailleurs cette mondialisation a permis, au sein de nos sociétés occidentales aisées, de véhiculer une meilleure perception des déséquilibres sociaux et économiques, notamment dans la rencontre de certains besoins fondamentaux (eau, santé, éducation) des populations les plus démunies, résultant d’une mise en exergue médiatique des inégalités ou le rappel de conflits oubliés.

Mais cette ouverture au monde ne s’est pas marquée de manière uniforme sur la planète et, en de nombreuses régions du monde (comme dans les Balkans ou en Afrique centrale), on a au contraire assisté à une multiplication d’affirmations identitaires et de replis communautaristes, avec leur cortège de guerres et de désolations. L’accès aux matières premières, et singulièrement à l’énergie sous toutes ses formes, constituera un enjeu majeur des prochaines décennies. Enfin, le retour marqué d’une Russie « puissance » sur l’échiquier européen (« guerres du gaz » et conflit géorgien) n’est pas à considérer comme un simple hoquet nationaliste mais doit faire l’objet de la plus grande attention. Et last but not least, à l’échelle mondiale, l’émergence sur tous les plans de la puissance chinoise est source d’inquiétudes et provoque le déplacement des centres d’intérêts géostratégiques vers la zone Pacifique/Océan indien, avec les impacts planétaires que pourraient avoir la dégradation des rapports entre pôles de puissances régionales.

En brouillant la distinction entre sécurité intérieure et extérieure, l’hyper-terrorisme qui s’est manifesté le 9/11 a conduit à reconsidérer l’architecture et l’organisation de l’ensemble de nos services de sécurité : police, armée, renseignement, gardes-frontières, pompiers et protection civile, etc. Cette approche plus globale a permis de prendre en compte de nouvelles cibles potentielles, comme la protection des « infrastructures critiques », les routes d’approvisionnement énergétiques, des moyens de communication, etc.

Dès lors, notre grille d’analyse est de plus en plus complexe et incertaine: la « confortable » grille d’analyse unique fondée sur une double tension (Est-Ouest et Nord-Sud) n’est plus pertinente car elle ne rend plus compte de l’augmentation des paramètres à considérer, ni de l’interconnexion croissante des menaces et des risques. La traditionnelle distinction entre sécurité intérieure et extérieure, entre sécurité et défense a perdu son sens.

Cela étant, quelques paramètres intangibles continuent (et doivent continuer) de fonder notre politique de sécurité et de défense : la promotion et la défense intransigeante de nos valeurs et idéaux démocratiques, la solidarité entre Etats démocratiques, la prééminence de l’action diplomatique à travers le dialogue, et l’articulation des différents instruments dont nous disposons (diplomatie, coopération au développement, aide humanitaire, sanctions, et le cas échéant, usage de la force armée).

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